Groupe Demathieu-Bard – BLB Constructions

Pour cette nouvelle rubrique, Urbalab a demandé à Abdel Manssour et Jeanne Frimigacci de BLB Constructions (filiale du groupe Demathieu-Bard) de causer dans l’Urba Post. Ils nous parlent du rôle de l’architecte dans les groupements de maitrise d’œuvre, d’intelligence collective et de colocation solidaire.

Des premiers invités engagés et passionnés, dont Urba Post est heureux de pouvoir vous présenter quelques projets.

Entretien.

 

Urba Post : Abdel Manssour, Jeanne Frimigacci, vous représentez ici BLB / Demathieu Bard. Rappelez-nous votre parcours :

  • Jeanne : J’ai un parcours assez atypique. J’ai terminé mon parcours scolaire avec des études de sciences politiques et de communication. Je suis arrivée il y a un an chez BLB Constructions en tant que chargée de communication pour la région Auvergne-Rhône- Alpes. Aujourd’hui, je fais aussi bien de la communication de chantier que du marketing d’offre, en passant par les réseaux sociaux et de l’événementiel. Pas mal de missions différentes : il y a des besoins à toutes les échelles, je m’adapte !
  • Abdel : En ce qui me concerne, j’ai un parcours un peu plus linéaire, et encore, j’ai fait une école de commerce ! Je suis sorti en 2007 de EM Lyon. Un profil école de commerce est assez rare finalement en ingénierie du bâtiment, ça n’est pas la voie royale ! J’ai commencé ma carrière à Perpignan chez un major du BTP. Par la suite j’ai occupé différentes fonctions commerciales dans le sud et à Lyon. J’ai rejoint le groupe Demathieu-Bard il y a maintenant un an et demi à des fonctions également commerciales.

UP : Vous êtes finalement tous le deux assez jeunes dans le groupe…

  • Abdel : C’est vrai ! A l’image de l’évolution récente qu’a connue le groupe. Nous sommes passés d’une activité historique très orientée génie civil et TP, vers un quasi équilibre avec le secteur du bâtiment. Cette évolution stratégique a amené d’autres profils, et d’autres besoins aussi, au sein de l’organisation. D’où notre présence à Jeanne et moi sur ce créneau-là. BLB Constructions a été racheté par Demathieu Bard en 2005, et la moyenne d’âge est située entre 35 et 40 ans.
  • Jeanne : Il y a peu de turnover, aussi !
  • Abdel : Oui ! Nous avons équipes stables, ça permet d’asseoir une certaine crédibilité dans les engagements qu’on tient au quotidien. C’est sûr que si on change d’interlocuteur tous les deux ans, c’est un peu compliqué d’avoir une continuité relationnelle, d’avoir une image de pérennité vis-à- vis des maitres d’ouvrages, des partenaires. L’humain est une force de notre structure.

UP : Abdel, qu’est-ce qui vous a donné l’envie de vous engager dans les métiers liés à la construction ?

  • Abdel : Il faudrait que je fasse une psychanalyse [rires] ! J’aurais pu finir chez Danone, chez l’Oréal, chez LVMH en sortant d’école de commerce. Je n’étais pas prédestiné à évoluer dans le bâtiment, mais j’ai toujours été passionné par le milieu industriel, les grands projets, la relation partenariale qu’on peut mettre en œuvre dans ces métiers. J’étais passionné par Bombardier quand j’étais en école de commerce parce que je trouvais qu’ils portaient des projets hallucinants à plusieurs millions d’euros d’équipements aéronautiques ou ferroviaires… et finalement, je suis entré dans le bâtiment peut-être aussi parce que mon père était maçon-coffreur, donc j’avais ça « dans le sang ». J’ai poursuivi cette veine là sans nécessairement chercher à prouver quoi que ce soit, mais en me disant qu’il y avait peut-être un truc à faire dans le bâtiment avec l’émergence des nouveaux modes de consultation et la nécessité de différenciation concurrentielle. J’y suis donc entré comme ça, je pense que c’est familial, et j’assume [il sourit].

UP : C’est peut-être aussi ce lien à la famille qui vous a donné envie de vous engager dans une plus petite structure ?

  • Abdel : Peut-être aussi… vous m’accompagnez dans la psychanalyse ! Mais il y a surement un peu de ça. J’avais le sentiment qu’après dix ans de bons et loyaux services, je ne me reconnaissais plus vraiment dans l’organisation, le socle de valeurs, qui est porté par une grande structure. On cherche donc naturellement à revenir vers une taille d’entreprise où on peut mieux appréhender les choses, et d’être un peu plus décideur des stratégies par projet. Dans nos parcours, nos carrières, les générations Y et Z que nous sommes ont plus de facilités à changer. Je suis en tout cas ravi de ce basculement, de l’état d’esprit qui règne au quotidien.

UP : Comment décririez-vous le rôle de l’architecte aujourd’hui ? Et celui du maitre d’œuvre ?

  • Abdel : Pour moi, l’architecte a un rôle de chef d’orchestre, d’organisateur, de fédérateur. Il a toujours été à l’initiative de la création. Nous restons au service de l’architecte et de l’équipe de maitrise d’œuvre. Tout en sachant que l’évolution sur les dix dernières années, et les procédures de consultation en conception-réalisation ont légèrement fait évoluer nos rapports au quotidien. On est passé d’exécutants à « partenaires ». Nous sommes beaucoup plus en amont et capables d’apporter plus de valeur ajoutée sur les projets. BLB Constructions cultive un rapport que j’espère très constructif avec tous les acteurs de la construction. Il règne chez nous une réelle volonté de respecter les compétences de chacun. On ne gagne pas à tous les coups, mais on est toujours fiers de ce que l’on fait.
  • Jeanne : C’est l’intelligence collective. Mieux que la somme de toutes les intelligences.
  • Abdel : On est effectivement dans un environnement décloisonné aujourd’hui. Chaque acteur doit se sentir partie prenant de la réussite, quelle que soit la taille de sa structure. Ce qui importe le plus est la « contribution de valeur » de l’équipe.

UP : Jeanne, parlez-nous du groupe Demathieu Bard. L’entreprise est ancienne, à la fois emblématique et discrète. Que pouvez-vous dire de ce positionnement ?

  • Jeanne : Le groupe Demathieu-Bard se positionne effectivement de manière discrète parce qu’il y a une attention portée sur la qualité d’ouvrage, la maitrise des délais. Tant que nous ne sommes pas irréprochables, nous ne communiquons pas, culture lorraine oblige ! Ma mission chez BLB constructions est d’apporter une différenciation complémentaire au positionnement global du groupe Demathieu Bard. On a besoin de mettre du pep’s, de mettre du dynamisme, parce qu’on ne peut plus s’appuyer uniquement sur la qualité de nos réalisations pour communiquer ! Aujourd’hui, il faut se faire remarquer et se démarquer. Je pense que beaucoup de petites qualités peuvent être développées sans nuire à cette image emblématique associée au positionnement du groupe.

UP : Quels sont actuellement les leviers de croissance identifiés par le groupe Demathieu Bard et/ ou BLB ? Comment voyez-vous l’avenir du groupe ?

  • Abdel : Le basculement vers le secteur du bâtiment a apporté un vrai levier de croissance. Plus de 50% de la prise de commande du groupe Demathieu-Bard est aujourd’hui faite en dehors du secteur historique de l’infrastructure et génie civil. Le développement immobilier avec notre structure Demathieu et Bard Immobilier constitue également le second axe stratégique de développement. L’enjeu pour nous est en effet d’être aussi acteur de notre propre développement immobilier, d’aller chercher des marchés complémentaires notamment sur des montages immobilier et financier atypiques. BLB Constructions est dans la lignée de la stratégie groupe. Je pense à l’exemple de la restructuration de l’ENS à Gerland avec un montage en PPP où Demathieu-Bard Immobilier porte le financement. Nous sommes également lauréats de la construction de la piscine de Rillieux-la- Pape avec une nouvelle procédure de financement, les SEMOP. Je constate également que BLB Constructions accroit son expertise dans le monde des équipements aquatiques, avec la piscine du Rhône sur laquelle nous étions intervenus en réhabilitation, la piscine de St-Chamond, ouverte ce week-end [Note d’Urbalab : avant-dernier week-end de juin] … Pour le reste de l’activité, BLB Constructions réalise 60% de sa prise de commande en conception-réalisation. Pour une entreprise locale issue du monde du Gros-œuvre, pour moi c’est du jamais vu ! Cela impose néanmoins un montage, une organisation interne assez particulière pour assurer une activité gros-œuvre lissée sur l’année.
  • Jeanne : …encore une fois, il faut avoir une linéarité, un suivi dans le projet, avoir la garantie que la communication interne marche bien chez nous aussi, pour être sûrs que les relais se fassent bien.
  • Abdel : Donc nous avons cette expertise en bâtiment, conception-réalisation et montage de projet à valeur ajoutée. On est le petit parmi les grands, et le grand parmi les petits. Comme la pub Clio, « nous avons tout d’une grande » ! C’est révélateur de la façon dont on fonctionne, nous n’avons pas d’états d’âme, on est audacieux, rien ne nous arrête ! Nous n’avons pas à rougir de notre structure par rapport aux majors.
  • Jeanne : C’est ce que je disais avec le projet de la Blanchisserie aussi. Nous n’avions jamais fait cela avant, qu’à cela ne tienne !

UP : Justement, parlons des projets les plus symboliques dont vous avez la charge en ce moment :

  • Abdel : L’état d’esprit de BLB Constructions repose d’abord sur une volonté de livrer dans les délais et sans réserve l’ensemble des projets qui nous sont confiés par nos maitres d’ouvrages et maitres d’œuvres. Nous sommes aujourd’hui également précurseurs en ce qui concerne les réflexions liées à la « prise en main » de nos projets. Je trouve qu’on ne peut plus se contenter d’être uniquement des acteurs de l’acte de construire genre : « C’est bon, c’est fini ? On peut y aller ? Tiens, je te laisse les clés, au revoir ! ». Il serait aujourd’hui impensable de livrer une voiture dernier cris pleines d’options sans vous accompagner dans l’usage. On bascule systématiquement vers cette notion de pédagogie utilisateur. Nous avons livré récemment le CREM (Conception-réalisation- maintenance) du lycée des Canuts à Vaulx-en- Velin. Nos équipes travaux et communication ont fait un super boulot d’aide à l’appropriation. Durant les travaux nous avons intégré des lycéens volontaires des filières professionnelles dans la réalisation de quelques équipements techniques.
  • Jeanne : Ils ont notamment réalisé en serrurerie des totems de butée des portes extérieures. A la livraison tous les partenaires ont participé à des ateliers de sensibilisation à la performance énergétique. Nous ambitionnons ainsi d’être l’acteur de référence en accompagnement usager. Nous faisons plus que juste construire.
  • Abdel : Je trouve aussi que l’ENS, c’est vraiment le paroxysme. Parce qu’il y a le financement, la réhabilitation des laboratoires de recherche…
  • Jeanne : Et une communication quasi-quotidienne avec les gens, on leur dit « Vous allez être délogés », on les prévient des nuisances, des réalités auxquelles il faut faire face. Nos équipes sont formées pour intervenir au bon moment, rassurer et accompagner tout le monde vers les travaux, vers le chantier, pour que ça se passe bien. Et à l’issue, dans la fédération de ce mouvement-là, que le départ après le chantier ne se fasse pas brutalement. On voit notamment avec les réhabilitations, même si au départ on n’aime pas les travaux, quand les équipes s’en vont, ça fait un vide. Pour moi il y a une nécessité d’accompagner ce départ. Quand on reste deux ou trois ans dans un bâtiment à faire des travaux, on impacte les gens, on ne peut pas partir comme si de rien n’était. C’est pour ça que l’accompagnement dans la vie qui va rester après les travaux, pour nous, elle est importante.
  • Abdel : Le projet de la cité Oullins qui nous a été confié par Alliade Habitat est également un projet « coup de cœur » pour moi. C’est une des opérations qui a permis à BLB Constructions de crédibiliser son savoir-faire en entreprise générale avec une vraie capacité à fédérer plusieurs savoir-faire. Le principe était de partir d’une ancienne école inutilisée, pour en faire un très joli projet de colocation solidaire.
  • Jeanne : C’est même les étudiants d’EcohlCité, l’école de CitéCréation à Oullins, qui ont fait les façades.
  • Abdel : Ça c’est encore mieux ! La boucle est bouclée en quelque sorte, parce que tu conçois, et puis celui qui va réaliser est partie prenante de l’exécution, il y a une espèce de cercle vertueux qui est assez plaisant sur cette opération-là, qui en plus vieillit très bien, puisqu’elle a quatre ans déjà.
  • Jeanne : En plus, il y a des valeurs proches de la colocation solidaire. Il y a un engagement de la part de toutes les parties prenantes. C’est un projet d’intelligence collective.

UP : Abdel, Jeanne, d’après vous, quelle est la bonne nouvelle du moment ? Votre source d’optimisme professionnel, de bonne humeur professionnelle ?

  • Abdel : Nous avons constitué une équipe pour participer au Run in Lyon. C’est la deuxième année. On essaie de lancer une dynamique auprès des partenaires, des architectes, des bureaux d’études, des maitres d’ouvrages pour faire une équipe globale. On utilise ce prétexte du Run in Lyon pour créer du lien entre tout le monde, échanger, sans avoir de velléités particulières. J’ai une performance de teckel, donc la voiture-balais m’arrête toujours à la fin en me disant : « Monsieur, il faut partir ». C’est la bonne nouvelle qui nous anime en interne, parce qu’il faut se préparer pour ça. On essaie de faire des sorties ensemble. On a un collègue très motivé, il s’entraine, il court à la fraiche, à 06h du matin.
  • Jeanne : Une source de bonne humeur ? On n’en a pas besoin : on est nous ! #TeamBatirLeBonheur
  • Abdel : C’est vrai, on a la chance de travailler dans un cadre où intellectuellement, ça frise.

UP : Si vous étiez un élément urbain célèbre (monument, building, parc….), lequel aimeriez-vous être et pourquoi ?

  • Jeanne : Le parc de la tête d’or ! De la verdure, de l’eau, des animaux, des gens qui se baladent, qui courent, c’est diversifié, ouvert, en cœur de ville. C’est beau.
  • Abdel : J’adore la place des Terreaux ! Je suis plus minéral. Le support à l’échange, au flux, que cela permet. Tu te poses place des Terreaux pour un apéro, et tu ne bouges pas : tu admires le tableau !

UP : Le mot de la fin ?

  • Abdel : Finissons par cette conjonction de valeurs qu’on a ensemble. Ça reste toujours un plaisir de travailler avec Urbalab, pas qu’en tant que structure : mais nominativement. On a le sentiment, quand on bosse avec Urbalab, d’être particuliers. C’est un peu ça qu’on recherche quand on est partenaire, qu’on est maitre d’ouvrage… Cultiver ça, c’est quand même bien. J’essaye de le faire de mon côté avec les clients, les partenaires, mais je trouve que chez vous c’est génétique. Vous n’avez pas besoin de vous forcer pour être dans l’intuitu personae. Je croise Baptiste au tennis, il m’envoie un texto : « Couvre-toi, tu vas prendre chaud ! ». Ce sont des petits détails mais qui jouent sur la qualité des échanges qu’on a. C’est toujours assez fluide et en même temps vous êtes des acteurs engagés. Quand vous faites des propositions, elles sont importantes. Quand Manu ou Bulle insistent et disent : « Moi je peux te dire qu’ici il faut vraiment faire telle chose », je dis OK ! Je trouve que c’est assez agréable d’avoir cette qualité d’échange avec vous.

UP : Merci…. Je ne sais pas si on va pouvoir l’écrire, mais…. !

  • Abdel : Vous pouvez édulcorer le truc, mais en tout cas je le pense vraiment. Nous avons ce socle de valeurs communes. Gardez cette veine-là, ce courant-là. Restez un peu dingos.

Abdel Manssour – Responsable commercial de BLB Constructions, groupe Demathieu-Bard

Jeanne FRIMIGACCI – Responsable communication chez BLB Constructions, groupe Demathieu-Bard

www.demathieu-bard.fr

Ci-dessous, les photos de l’entretien et des opérations